Sur l’air du roi Dagobert

Voici que dans l’espace
Passe l’air des trompes de chasse.
Ecoutez le son
De cette chanson,
Que tous nous lançons,
Nous les bons garçons,
Les soirs où monte encor
Au fond des bois le son du cor.

La lyr’ bien accordée
Va vous chanter « la rillaudée ».
On va mettre en vrac,
Quincé et Brissac,
Et d’Angers, d’Paris,
Faire un pot pourri,
Sur les « faiseux d’rillauds »
Qui n’laiss’nt à roucher que les os.

Chantons d’abord en chœur
Monsieur l’Duc, not’grand maît’ d’honneur,
Madam’ la Duchesse,
Car leur grand’noblesse
Nous ouv’ les vantaux
De leur beau château.
Comme un Brissac, au roy,
Ouvrit la grand’ville autrefois.

Tout va, quoiqu’on en dise,
Très bien, Madame la Marquise,
Car vous êt’ un’ fleur
Au calme enjôleur.
Que Monsieur l’Marquis
Agrée donc aussi
L’hommag’ qui monte en chœur
Des cœurs des quatre-vingts chasseurs !

De l’Aubance à la Maine,
Que notre chanson se promène ;
De la Loire au Thouet
Et de l’Evre au Louet,
D’la Sarthe à l’Oudon,
D’la Moine au Layon
Et de l’Authion au Loir,
Dans le plus doux des nonchaloirs.

Allons le long des berges,
Découvrir les vieilles auberges,
De leurs plats aimés
Les goûts parfumés
Et de leurs grands vins
Les bouquets divins ;
En cinq mots tout est clair :
« Anjou, pays de Marc Leclerc » !

Ce qu’en Anjou l’on aime,
Il l’a chanté dans un poème
En patois d’Anjou :
Les plats de chez nous,
Nos vins secs et doux,
Toujours de franc goût,
Et les filles aussi
Qui sont belles par ici.

Chantons, ma douce amie,
De l’Anjou la gastronomie,
Ce domaine exquis
Du grand Curnonsky,
Angers est un nom
De très haut renom :
Restaurants et bistros,
Ne les nommons pas : ils sont trop !

O filles de la Loire,
Nous vous chanterons après boire :
Filles de Cholet
Au rire perlé,
Filles de Saumur
Au goût de fruit mûr,
De Segré, de Baugé,
Dans vos grands bois embocagés.

Que longtemps soit gardée
La chanson de la rillaudée.
Que de son Brissac
Un barde, à Brissac,
Un soir, au château,
Au flanc du coteau,
A retirée sur l’air
Le vieil air de roi Dagobert

Emile Joulain, qui fut le premier grand barde, adaptation d’Yvon Péan en 1995